Au 21 ème siècle, trafics illicites et prohibition des drogues s'accordent parfaitement au concept d'offre et de demande généralisés par notre société consumériste.

C'est pourquoi l'ONU déclare au début du siècle, après plus de cent ans de guerre contre les drogues, l'échec de la prohibition.

En effet, ce combat se révèle plus coûteux aux nations et leurs contribuables qu'efficace : le trafique et la consommation explosent, les prisons s'engorgent, les libertés individuelles sont bafouées, et le système judiciaire est en surcharge face à des problèmes plus urgents.

Afin de comprendre la faillite de la prohibition des drogues, il est important d'étudier les faits historiques qui motivèrent la création de cette entreprise.

Les drogues avant la prohibition moderne.

Avant la guerre moderne contre les drogues engendrée par les Etats Unis d'Amérique au début du 20ème siècle, les drogues faisaient partie intégrante de la vie courante des peuples du monde entier.

Le cannabis par exemple, était domestiqué par les hommes en Eurasie dès le Néolithique (époque de sédentarisation des peuples) pour ses vertus nutritionnelles et médicales ainsi que pour sa fibre textile.

Du temps de la royauté française, il était obligatoire de consacrer 10% des exploitations agricoles à la culture du chanvre à des fins patriotiques (la marine étant dépendante de cette ressource servant à la confections des voiles et cordages) sous peine d'amende forfaitaire.

En outre, les soldats napoléoniens consommeront beaucoup de chanvre en Egypte (l'alcool étant interdit dans le monde musulman) et en ramèneront les graines en France.

L'usage du suc de pavot fut quand à lui importé en Europe occidentale par les empires greco romains de leurs conquêtes orientales, puis par les Arabes au moyen-âge.

Il restera présent dans les fumeries d'opium clandestines, les herboristeries puis les pharmacies jusqu'à la prohibition moderne pour être remplacé progressivement par d'autres dérivés opioïdes comme la morphine.

La feuille de coca est consommée depuis toujours par les habitants des Andes, fumée ou bien mastiquée, la production plus récente de cocaïne à priser étant destinée aux marchés occidentaux.

Les drogues furent sans doute, avec les épices et les textiles, les principales denrées véhiculées sur la route de la soie et autres commerces internationaux.

Ainsi, le constat est clair : depuis tout temps, les "drogues" ou "médecines" accompagnèrent les Hommes pour améliorer leurs conditions de vie comme pour stimuler le commerce.

Alors pourquoi, depuis le 20eme siècle, le monde s'est-il prononcé contre l'usage et le commerce de ces drogues qui accompagnèrent l'Homme depuis au moins sa sédentarisation ?

En illustration, une chanson de "Bérard" en 1931 sur la consommation de l'opium en France !

Nationalisme et ségrégation sous couvert de morale et de santé publique



La guerre internationale contre les drogues prend racine aux Etats-Unis d'Amérique au XIXe siècle dans le contexte de la construction des chemins de fer.

Effectivement, les industriels d'alors pouvaient se fournir en main d'oeuvre auprès des citoyens, des populations carcérales condamnées aux travaux forcés, ou bien de l'immigration étrangère.

C'est l'immigration chinoise peu onéreuse, fuyant la colonisation Britannique et la guerre de l'opium pandémique de l'empire Qing, qui sera en première ligne sur ces chantiers d'envergure.

Malheureusement, les syndicats ouvriers nationalistes aidés par la presse populaire et la religion chrétienne ne portaient pas cette concurrence dans leur coeur.

"Ils firent rapidement courir la rumeur, largement exagérée, que des fumeries d'opium clandestines où femmes et enfants étaient séquestrés étaient dissimulées dans les arrières boutiques de blanchiment de linge chinoises.""

C'est d'ailleurs de la que vient le terme de "blanchiment" d'argent illicite, à l'image du blanchiment textile.

Les autorités médicales locales, plus charlatans que compétentes, ne se manifestèrent pas pour défendre l'importance des drogues en termes médicaux.

Les femmes appuyèrent largement ce combat au nom de la morale, prétextant que la consommation des drogues était responsable des violences conjugales plutôt que le modèle patriarcal et machiste de la famille.

Ainsi débute le sinistre combat nationaliste Américain contre la drogue, ou plutôt contre l'immigration...

Très rapidement, l'audacieux mensonge fût adapté à chaque minorité raciale considérée indésirable par le nationalisme et le puritanisme ambiant.

Ainsi, on déclarera la prohibition de la cocaïne pour endiguer l'immigration noire, la prohibition du chanvre pour l'immigration Mexicaine, et la prohibition de l'alcool (1919-1933) pour l'immigration européenne (majoritairement Irlandaise et Italienne).

La production, la vente, ou l'usage de ces substances servait de prétexte aux autorités fédérales pour expulser les immigrants et pour exproprier et incarcérer les citoyens récalcitrants.

De fait, la prohibition dite morale des drogues aux USA était donc un outil ségrégationniste.







Les conséquences de la prohibition des drogues en France



Face au contexte international, la France vote en 1916 une loi contre "l'usage en société" et l'usage "illégitime" (c'est à dire pour le plaisir plutôt par besoin médical) des drogues.

Cette mesure vise en premier lieu les fumeries clandestines d'Opium chinoises, mais le suc de pavot est toujours disponible en pharmacies avant d'être remplacé par la morphine.

En 1953 est instauré l'astreinte de désintoxication qui consiste à conduire les usagers délictueux vers une obligation de soin.

Sous pression des Etats Unis, une nouvelle loi sera votée en 1970 pour approfondir le combat contre la drogue : désormais, l'usage des stupéfiants est interdit et est passible d'emprisonnement.

Le cannabis est particulièrement visé par la mesure qui instaure la théorie de l'escalade stipulant que sa consommation conduirait inévitablement l'usager à consommer des substances plus fortes comme l'opium ou la cocaïne.

Il est défendu de présenter le cannabis sous un jour favorable, ce qui serait un délit d'incitation à l'usage.

Les cultures de chanvre textile sont ainsi remplacées par le coton américain, moins productif et plus gourmand, ce qui aura pour conséquence d'appauvrir les terres en eau et minéraux.

Néanmoins, la filière du chanvre bénéficiera d'un regain d'intérêt en réponse aux crises pétrolières de la fin du XXe siècle.

En ce qui concerne le cannabis thérapeutique, le gouvernement français autorisa en 2014 la mise sur le marché du médicament Sativex sous ordonnance pour les patients atteints de sclérose en plaques.

Même si le produit n'est toujours pas disponible dans les pharmacies (le gouvernement et le laboratoire Almirall serait en désaccord sur le prix du produit), cette mesure est perçue comme le début de la fin de la prohibition du cannabis en France.

Ce sentiment est corroboré en 2018 lorsque le gouvernement annonce que la consommation de cannabis sera punie d'une amende forfaitaire de 300€ plutôt qu'une peine passible d'un an d'emprisonnement et 3750€ d'amende.

L'opposition et les associations prédiront cependant l'échec sanitaire de cette nouvelle mesure, allant à l'encontre de la solvabilité des jeunes défavorisés.

Ainsi le montant de l'amende sera réduit a 2OO€ par le gouvernement.

S'il est vrai que la loi de 1970 était rarement appliquée au point d'envoyer un usager en prison, celle-ci est vue comme une incitation à la chasse au fumeur pour la police, ce qui explique la protestation de certains policiers et magistrats aux coté des associations.

Tout cela évoque un peu le poulet qui gigote après qu'on lui ait coupé la tête.

Vers la fin de la prohibition?

Aujourd'hui, les Etats Unis semblent faire marche arrière face à la guerre des drogues qu'ils imposèrent au monde entier avec la légalisation récréative du cannabis au Colorado en 2012, qui sera suivi par quelques 29 autres états fédéraux au niveau thérapeutique ou récréatif.  

L'avenir nous dira si le reste du monde les suivrons encore une fois dans leur démarche, comme le Canada, l'Uruguay ou encore l'Espagne le firent.


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